26.01.2007
L'effet media
"Depuis dimanche 14 janvier, les deux principaux candidats se sont présentés. La campagne débute véritablement." Entendu aujourd'hui sur une radio à une heure de grande écoute. Principaux ? Débute ? Depuis quand la France est soumis au bipartisme ? Sur fond d'actualité bouillonantes, attardons-nous un peu sur le rôle des médias.
Alors que la campagne présidentielle débute à peine, la question de la médiatisation des candidats fait déjà débat. Mis sur le devant de la scène par Corinne Lepage et depuis repris par tous les candidats autre que Nicolas Sarkozy ou Segolene Royal, elle dénonce l'omni-présence UMP-PS à la télévision. Mais quand est-il réellement ? Et quel est le rôle des médias dans la politique française ?
Aux 20 heures, deux couleurs : le bleu, le rouge.
On ne peut ignorer ce fait : oui, dans les médias, quand on parle des présidentiels, on parle de Sarkozy , de Royal et c'est tout. Et si jamais on invite Bayrou aux 20 heures, on lui demandera ce qu'il pense de ces deux là. Qu'est-ce qui motivent les médias à s'intéresser principalement à l'UMP et au PS ?
D'aucuns répondront l'opinion publique. Alors comment les médias peuvent-ils connaître l'intérêt de l'opinion publique ? Grace à deux moyens. Le premier, extrêmment populaire, les sondages. En demandant l'avis d'un échantillon représentatif de la population française, pour reprendre la formulation exacte, on découvre ce que pensent les 40 713 644 inscrits. On n'a malheureusement découvert que ces sondages se révélaient souvent aussi précis que les prédictions de Mme Irma et tout autant en lien avec la réalité. En effet, en 95, n'a-t-on pas vu Balladur évincé dés le premier tour ? En 2002, Jospin ? Les sondages ne sont malheureusement pas aussi fiables que l'on voudrait ne nous le faire croire. Tout au plus, donnent-ils une estimation de l'avis général. Mais par là-même, les médias n'entrainent-ils pas un cercle vicieux ? En fournissant des infos seulement sur les deux partis principaux, les médias provoquent forcément un intérêt pour ces deux partis. Mais est-ce vraiment la seule raison ?
Le commercial et la democratie, un menage qui prend l'eau.
Les médias sont également motivés par l'audience. Quand on leur annoncent qu'ils favorisent deux partis, ils répondent regardez ce 20 heure avec Royal, plus de 10 millions de spectateur ; voyez Bayrou, à peine 9 millions. Et ce sont alors les chiffres des contrats publicitaires qui s'envolent. TF1 peut s'engager de cette façon, c'est une entreprise suffisament rentable pour pouvoir se le permettre. Le groupe France Télévision devrait aussi se le permettre ! Depuis quand les services publiques sont-ils motivés par l'appât du gain ? C'est un scandale, que les chaînes de ce groupe n'informent pas de façon plus équitable, le spectateur, sur les différents présidentiables potentiels. Par contre, quand on connait la crise actuelle des journaux, on peut malheureusement comprendre cette politique du gain obligatoire sans prendre de risques. VSD avoue ainsi, qu'avec Sarkozy en couverture, le magazine gagne des électeurs ; avec Bayrou, les ventes stagnent.
La politique intéresse les français. Récemment, 20 Minutes affirmait que plus de 68 % des français étaient intéressés par la campagne présidentielle. Un journal souhaitant gagner de l'argent, nous présentera l'élection présidentielle sous l'oeil bienveillant de la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes, discutera de son voyage en Chine, demandera son avis sur Nicolas Sarkozy et finalement énoncera le programme de la candidate socialiste. Car malgré, le vote « utile » auquel on se résoud après avoir été desabusé par les politiques, les idées des candidats sont importantes pour les personnes qui réfléchissent avant de voter et ne se basent pas sur la posture du candidat ou de son parti politique. Déontologiquement, le rôle des journalistes est de récupérer l'information, la trier et la présenter ainsi aux spectateurs, aux électeurs que nous sommes. En choisissant l'information que les médias diffusent, ils choisissent aussi notre façon de percevoir cette information et, par là-même, peuvent influencer notre point de vue.
Un rôle pas si utile que ça.
On assiste d'ailleurs à une sur-médiatisation des présidentielles. En décembre 2001, il y avait eu 12 heures de temps d'antennes consacrées aux élection. Décembre 2006, on en est déjà à plus de 22 heures. Cette sur-médiatisation peut-elle alors étouffer le rôle des médias et le réduire au rôle de commentateur et non plus d'arbitre ? Le 29 mai 2005 nous montre que les médias n'ont peut-être pas, et j'ose l'espérer, un si grand impact que cela sur l'opinion publique. Ne nous voilons pas la face, pour le réferendum européen, 80 % des médias ont fait campagne pour le oui. Malheureusement, le « non » est sorti vainqueur, faisant de l'un des pays fondateurs de l'Europe, le premier a refuser un traité qui présentaient un pas en avant important, dans l'évolution de l'Union Européenne. Mais les français ne sont guère habitués aux compromis, malgré, donc, le parti-pris des médias.
Cela peut-il nous inquièter ? Non. Cela doit nous inquièter. La marginalisation de Le Pen durant cette campagne, n'est guère différente de celle qu'il a subi en 2002. Avec le résultat que nous connaissons tous. Doit-on, pour autant, voter « utile » ? Réfléchissons. Nous avons la chance d'habiter dans une démocratie où le pluralisme politique n'est pas une illusion. Malgré le clivage droite-gauche très présent dans notre pays, nous savons que nous avons le choix de voter pour nos idées et nos préoccupations les plus quotidiennes. Si jamais cela doit entrainer un extrêmiste au second tour, alors nous ferons de nouveau preuve de notre sursaut démocratique. Il est nécessaire que les deux candidats présents au second tour soient des candidats dont les idées ont été les plus appréciées, pas des candidats élus pour faire barrage à un courant politique.
23:35 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blog politique, barthalon, effet medias, TF1









